01 avril 2010

un monde plus grand que la vie

 Je connais Denis Chabroullet depuis bien plus de 30 ans. Je connais son engagement et sa volonté à accomplir ses rêves. Je le sais exigeant et profond. Pour avoir partagé ses espérances de jeunesse je sais qu’il porte en lui l’espoir irréductible de créer et de partager une aventure plus belle que la vie. Il forme avec Roselyne Bonnet des Tuves un couple rare qui a pris le risque d’inventer sans copier une esthétique originale et d’apprendre à partager ce langage avec des spectateurs mais aussi d’inviter des centaines de personnes de tous âges et de toute condition à s’engager chacune dans leur recherche de soi et d’apprendre ainsi à nourrir leur regard critique sur la création en entrant ensemble dans un monde plein de surprise de magie et de poésie. Un monde plus grand que la vie. Alors que la facilité consiste aujourd’hui à se voir parfait pour se rassurer en s’abritant derrière les conventions ils ont pris le parti d’inventer une œuvre imparfaite et humaine insolente et provocante insoumise libre unique. Vivante C’est cette exigence qu’il faut encourager à notre tour pour que cette aventure continue à être partagée. En sachant que La Serre sera bientôt remplacée par une clinique je repense justement à des rencontres récentes avec des médecins et à La maladie de Sachs le très beau roman de Martin Winkler consacré au quotidien d’un médecin de la région d’Orléans Bruno Sachs. Une rencontre d’abord. Celle d’une femme médecin généraliste dans l’Oise au Nord de Paris dans un village qui a grossi pour devenir une banlieue. Elle était présente dans cette soirée entre amis qui réunissait plusieurs médecins. Elle me dit en confidence « leurs maladies leurs souffrances nous les partageons dans le secret de notre cabinet. Ca commence comme un rhume ou une mauvaise grippe une douleur sourde et puis…leurs angoisses leurs peurs chômage stress inquiétudes face à l’avenir mal d’amour perte d’identité de statut social solitude leur vide existentiel tout y passe… Nous leur donnons des médicaments pour les rassurer et les consoler de leur détresse…» Dans le très beau film « La maladie de Sachs » Michel Deville rend compte avec justesse de ce poids d’humanité qui pèse sur les épaules des généralistes. Pour avoir vécu longtemps en banlieue et l’aimer on ressent la densité de ces souffrances et de ces ruptures face à un monde qui se transforme et n’apporte pas de réponse aux questions que l’on se pose face à l’existence. Ces questions il faut des refuges pour les partager des lieux de liberté et des théâtres pour les exprimer par un langage et les dépasser dans des créations plus belles et plus grandes que la vie comme Denis Chabroullet et Roselyne Bonnet des Tuves l’ont souhaité. Un chemin pour apprendre et donner et qui offre d’exister et de se consoler d’être soi. La Serre est un de ces refuges ou chacun à sa place. Il n’apporte peut être pas de solution à l’existence comme les médicaments ne guérissent pas d’un mal qui ne se guérit pas mais il est recherche invention exigence et critique. Il propose à chacun un chemin exaltant fait d’apprentissage d’ingéniosité et de découverte à partager. C’est sur ce chemin que l’on peut parfois trouver à se ressourcer et qui rend La Serre aussi indispensable qu’une clinique. Préservons cette possibilité en permettant au Theatre de la Mezzanine de continuer son entreprise créatrice et bienfaisante vivante et humaine. 

Jean-Charles GUYOT, Directeur de Rédaction de Paris

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